Pierre-Joseph Redouté : Le pouvoir des fleurs du 26 avril au 29 octobre 2017 - Katatsumuri no Yume
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Ce n’est un secret pour personne, j’aime les plantes, les fleurs, les œuvres avec des fleurs, les jardins, bref la Nature quoi. Aussi quand j’ai eu connaissance d’une exposition prochaine sur le peintre naturaliste Pierre-Joseph Redouté au Musée de la Vie Romantique, en partenariat avec le Muséum national d’Histoire Naturelle, étais-je aux anges. Je me souvenais avec émotion des belles expositions consacrées aux jardins qu’il y avait eu en ce lieu. Mais voilà, peut-être avais-je trop d’attentes, peut-être suis-je blasée par la fréquentation assidue des Musées et expositions depuis mon plus jeune âge, mais là j’ai été véritablement déçue, non pas par les œuvres, mais par l’exposition en elle-même.

Petit tour de l’exposition

En cinq salles (sur deux bâtiments), les trois commissaires de l’exposition, Catherine de Bourgoing, Sophie Eloy et Jérôme Farigoule proposent un petit panorama des œuvres de Pierre-Joseph Redouté (1759-1840) en regard avec la frénésie florale qui s’est emparée de la haute société et de l’industrie au tournant du XIXe siècle. Peintures, aquarelles, arts décoratifs, arts textiles sont mis à contribution. Sur le papier, c’est très joli et très cohérent mais voilà, in situ, c’est une autre histoire.

Les magnifiques œuvres de P.-J. Redouté sont d’une qualité incomparable. Des gouaches aux couleurs sourdes semblant des aquarelles, représentant des plantes exquises tout en douceur et en nuances. Pierre-Joseph Redouté n’a pas usurpé son titre de « Raphaël des Fleurs » tant sa virtuosité est certaine. Ses œuvres, prêtées par les plus grandes institutions dont le Muséum National d’Histoire Naturelle, le Musée du Louvre, le MBA de Lyon, le Musée de Grenoble, le Musée Fabre de Montpellier, sont mises en regard avec des peintures de contemporains ou de suiveurs directs et des éléments d’art décoratif. En effet, P.-J. Redouté est connu pour avoir collaboré avec la manufacture de céramiques de Sèvres.

 

La « floromanie », oui j’invente toujours des mots, se manifestait ainsi dans les différents aspects industriels : textiles, papier peint, porcelaine, etc. Jusque dans l’accoutrement des femmes qui arboraient bijoux, portes bouquets ouvragés (ça pour le coup ça claque, même si je ne suis pas fan des fleurs coupées), et surtout broderies et tissages (damas de soie) de motifs floraux pour des robes d’apparat toujours plus belles. L’on nous parle d’apprentissage du langage des fleurs (langage attesté dès avant le Moyen Âge, comme le montre les anciennes tentures, les romans courtois et la réinterprétation du jardin du musée de Cluny aujourd’hui fermé pour travaux), de mode du « jardinage » dans la noblesse mais sans l’illustrer d’œuvre tel L'aiglon représenté en petit jardinier. Huile sur toile de Carl von Sales (1797-1870) exposée dans le salon Napoléon au château de Schönbrunn.

 

Tout ça serait très intéressant s’ils étaient mis en relation, ce qui n’arrive qu’une fois, de ce que j’ai vu. Par exemple, mettre en regard direct porcelaines et modèles, où encore carton pour tapisserie et échantillon de tapisserie, mais là rien… Que dire de la constitution des herbiers de plantes venues des quatre coins du monde, de la richesse des explorations scientifiques, qui n’est qu’anecdotique dans l’exposition. L’on m’opposera ici le temps restreint d’exposition des gouaches sur vélins, mais ce n’est pas ça le problème, c’est une contextualisation et un propos très flou de bout en bout.

Je reconnais que les cinq petites salles dévolues à l’exposition ne sont pas facilement exploitables, mais c’est bien là que vient tout le génie du scénographe, pour proposer des solutions innovantes et parlantes et éviter de retrouver les herbiers impériaux au milieu des œuvres de contemporains et de suiveurs, comme on le voit ici.

Côté interactivité, quelques œuvres sont signalées pour une application, et un herbier numérique est disponible à la consultation en français et en anglais.

Un artiste d’excellence

Au cours de ses 80 ans d’existences, Pierre-Joseph Redouté s’est illustré comme un peintre de fleurs remarquable. Alors que les royaumes Occidentaux envoient des missions scientifiques de par le monde pour en découvrir les merveilles et les ressources tant végétales qu’animales, Pierre-Joseph Redouté est un peintre naturaliste en vogue, protégé par les plus grands. Il débute sa carrière sous Marie-Antoinette, poursuit à l’Académie des Sciences dès 1792, passe dans le giron de l’impératrice Joséphine, poursuit en donnant des cours de peinture à l’impératrice Marie-Louise et donne des cours de dessins au Muséum National d’histoire Naturelle où se presse tout le bottin mondain de l’époque.

L’on remarque que malgré sa proximité avec le pouvoir, il a traversé sans difficultés apparentes les différents régimes de ce début de siècle tourmenté (Monarchie, Révolution, Consulat, Empire, retour de la Monarchie)… Cette longévité peut peut-être s’expliquer d’une part par son origine Wallonne, son éloignement apparent à la politique, contrairement au peintre David, et à la qualité de son art.

En effet, sa rigueur scientifique et sa maîtrise extrême de la technique des gouaches en font un acteur incontournable de la création des herbiers de référence. Ses œuvres étaient tellement appréciées que Napoléon Ier en a commandé une cinquantaine pour ses cadeaux diplomatiques. Il a ouvert la voie à de nombreux artistes et vécu les débuts fébriles de la passion botanique qui a enflammée les cours européennes tout au long du XIXe siècle.

Pour conclure, tout n’est pas à jeter dans cette exposition, loin de là même, car les œuvres de P.-J. Redouté sont d’une qualité qui ne s’apprécie vraiment que de ses propres yeux. Pour les plus assidus et passionnés, il y aura deux rotations des vélins prévues afin de garantir leur temps d’exposition, aussi c’est au total 250 œuvres qui seront exposées. Je conseille d’aller voir cette exposition pour la délectation oculaire plus que pour l’édification. Cette première exposition monographique, qui n’a de monographique que le nom puisque la moitié des items ne sont pas de P.-J. Redouté, était une bonne idée sur le papier mais il manque clairement quelque chose.

Simon Saint-Jean, La Jardinière

Pour amortir les 8€ du billet, je vous conseille vivement de visiter les collections permanentes très romantiques (dans le sens artistique du terme) et de profiter des installations contemporaines des Ateliers d’art de France qui offrent un pendant contemporain à la vision artistique des fleurs.

Bonne nouvelle ! L'exposition Pierre-Joseph Redouté est prolongée jusqu'au 29 octobre !!!

Visuels : (c) Photographies par moi SB sauf portrait de l'Aiglon (Wikipédia)

MAJ : 10/07/2017 Prolongation de l'exposition

Tag(s) : #exposition, #Paris, #France, #culture, #Peinture, #art, #sortir, #Musée, #Musée de la vie Romantique