"J'entre en mon jardin, ma soeur, ma bien-aimée" une oeuvre non figurative pas si abstraite - Katatsumuri no Yume
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"J'entre en mon jardin, ma soeur, ma bien-aimée" une oeuvre non figurative pas si abstraite
"J'entre en mon jardin, ma soeur, ma bien-aimée" une oeuvre non figurative pas si abstraite

Le musée d'art sacré du Hiéron, créé il y a plus d'une centaine d'années, fait dialoguer au sein de ses collections des œuvres anciennes et contemporaines, en dehors de la tutelle ecclésiastique. Fort de cette liberté, il n'hésite pas à accueillir des œuvres audacieuses. C'est ainsi qu'en 2013, l'exposition Une spiritualité au féminin regroupait plusieurs œuvres intéressantes dont J'entre en mon jardin, ma sœur, ma bien-aimée d'Amarante.

 

De grandes dimensions, épurée et diaphane, elle représente une mandorle vide entourée, de manière asymétrique, de petits phylactères translucides comportant des inscriptions. Le nom peut faire, dans un premier lieu, penser au jardin d'Eden. Ce jardin primordial où toutes les créatures vivent dans l'harmonie sous le regard bienveillant de Dieu trônant dans sa mandorle. "Mais la mandorle est vide me direz-vous", c'est que, pendant longtemps, Dieu n'était évoqué que par des symboles ; ici la mandorle serait une méthonimie.

Les symboles religieux sont là, évidents, et pourtant, en y regardant de plus près, l'on y voit un autre message dont le premier indice n'est autre que le titre de l'oeuvre : J'entre en mon jardin, ma sœur, ma bien-aimée. Il s'agit d'un extrait du Cantique des Cantiques où se mêlent amour mystique, amour charnel et foi indéfectible.

Le jardin est ainsi la métaphore utilisée pour définir la femme et son intimité. Entrer dans le jardin d'une femme, c'est s'unir à elle. Cette métaphore, très rependue depuis la haute Antiquité, est très usitée par la religion, ne parle t-on pas de la Vierge Marie comme d'un jardin clos (Hortus Conclusus) ?

Mais revenons à notre jardin des délices. Sous ce jour nouveau, la mandorle vide devient une vulve telle une Origine du Monde (de Courbet) moins figurative. Avec une pointe de sur-interprétation, l'on revient au jardin originel, ce qui aboutirait à la conclusion que chaque femme porte en elle une part d'Eden. Et sous des aspects très religieux, cette oeuvre est éminemment sensuelle et surtout féministe.

 

Informations techniques : 

Amarante, J'entre dans mon jardin, ma soeur, ma bien-aimée, 2013, Rhodoïd et cire avec extraits du Cantique des cantiques, H. 420 cm, l. 340 cm, P. 1.5 cm 

 

Bibliographie : Collectif, Une spiritualité au féminin, Bernard Chauveau éditeur, Paris, 2013

(C) Photographies Sandra BERNARD

Tag(s) : #art, #art contemporain